DENDERA

Le domaine d’Hathor

Capitale du VIe nome de Haute Égypte (mais à une époque plus récente ce rôle fut dévolu à Qéna), sur la rive gauche du Nil, à environ 60km au nord de Louqsor. Elle s'appelait Iounet ou « On-de-la-déesse », en égyptien Nitentore, grécisé en Tentyris.

La construction du temple de Dendera fut commencée à l’Époque ptolémaïque et romaine, au début de notre ère. Le temple est consacré à Hathor, fille de Rê, maîtresse des lieux, déesse de l’amour, du désir et de la joie, ainsi que de la musique.

Ce lieu de culte existait déjà dès l’Ancien Empire mais il a été constamment remanié et plusieurs fois reconstruit. A cet effet, Dendera est un bel exemple d’architecture tardive en Égypte ; sa visite permet d’imaginer la vie d’un temple égyptien à l’époque de sa splendeur. De plus, le temple, bien conservé, possède son enceinte, son toit plat, ses cryptes et sa forêt de colonnes. Comme la plupart des temples ptolémaïques, Dendera est construit en grès.

Dendera - Reconstitution par JC Golvin.

 

Plan du complexe de Dendera

Une enceinte de briques (de près de 300 m de côté), construite sous Domitien, entourait le domaine du temple. On pénètre dans l’enceinte sacrée par la porte nord que précèdent deux puits romains.

La porte de Domitien.

Le mammisi romain

Immédiatement à droite, on peut voir le mammisi (ou temple de la naissance) d’Époque romaine, datant de Trajan (98-117) et d’Antonin le Pieux (138-161) dans lequel on célébrait annuellement la naissance du dieu enfant appelé ici Harsomthous ("Horus qui unit les Deux Terres") ou Ihy, fils d'Hathor et d'Horus ; il est inachevé.

Le mammisi romain.

 

Le pharaon offre un collier à Hathor qui allaite son fils Ihy.
Derrière Hathor, Ihy est représenté une seconde fois, plus grand.

Le sanctuaire correspond à la salle de la Naissance où sont représentées des scènes d’allaitement par les nourrices divines. Au plafond, on observe des représentations du dieu grotesque Bès, ventripotent, qui protégeait la naissance et l’allaitement de l’enfant divin.

Les Coptes édifièrent, contiguë au mammisi, une église datée du Ve siècle, dont le sanctuaire est tourné vers l’est. L’édifice, majestueux dans ses lignes et ses volumes, mérite qu’on s’y attarde.

Le mammisi de Nectanébo Ier

Un peu plus au sud, apparaît le mammisi de Nectanébo Ier de la XXXe dynastie (380-343 av. J.-C.), le plus ancien d’Égypte. Les thèmes des scènes sur les murs sont les mêmes que ceux de l’autre mammisi. Par la suite, le mur du temple fut construit par-dessus le petit sanctuaire.

Conception et naissance d'Harsomthous, fils d'Hathor et Horus (ici remplacé par Amon). Amon donne ses ordres à Khnoum. 
Khnoum façonne l'enfant sur son tour de potier, sous le regard d'Heqet.

 

 

Le temple d’Hathor

Plan du temple d'Hathor

La cour du temple d'Hathor est inachevée et on arrive devant l’imposante façade de la grande salle hypostyle qui sert de vestibule.

 

 

Vue de la façade du temple d'Hathor.

 

Reconstitution RMN.

 

La salle hypostyle

18 colonnes hathoriques en forme de sistre, instrument de musique favori d’Hathor, soutiennent le plafond. Ces colonnes végétales évoquent la nuit dans laquelle se dissimule la lune ; elles représentent le marais primordial où s’agite toute la Création, la source de toute vie. Les six colonnes de la façade sont reliées entre elles par des « murs-bahuts ». La façade trapézoïdale est surmontée d’une corniche ornée en son centre, d’un disque solaire ailé.

Salle hypostyle.

Les chapiteaux représentent, sur quatre faces, la déesse Hathor coiffée d’une lourde perruque (jadis de couleur bleu) et surmontée d’un sistre. Les visages ont été martelés par les Coptes qui voyaient dans les traits de cette déesse, le symbole du plaisir et de l’amour.

Les murs intérieurs de cette salle hypostyle sont ornés de reliefs. Immédiatement à droite, on remarquera le roi et un prêtre encensant l’âme ou ka du souverain ; Horus et Thot baptisent le roi ; les gouttes d’eau sont symbolisées par une suite de lignes de vie ; les déesses de Haute et Basse Égypte bénissent le roi. Au-dessus, sur les quatre registres, apparaissent les empereurs romains qui se partagent le titre de pharaon (Auguste, Tibère, Caligula, Claude et Néron) ; ils adorent Hathor et d’autres dieux, leur dédiant des offrandes, dont celle du saule.

Le plafond de la salle hypostyle, divisé en sept travées par des architraves, supporte des représentations astronomiques : le trajet diurne du soleil, le trajet nocturne de la lune, les décans, les douze heures du jour et de la nuit.


Plafond de la salle hypostyle : Nout, dont in aperçoit la partie inférieure du corps, donne naissance au soleil qui arrive à l'est après avoir traversé les 12 heures de la nuit le long du corps de la déesse. Il illumine alors le temple de Dendera représenté par un édifice que surmonte le visage d'Hathor.

Dans le caisson de gauche, situé à 15 mètres de haut, on peut voir la tête d’Hathor aux oreilles de bovidé. La déesse, au visage radieux, reçoit les rayons du soleil Rê destinés non seulement à la protéger mais aussi à préserver son temple, dont la façade, dessinée en élévation, est visible sous son menton.

Sur la travée sud, une scène présente Nout, la voûte céleste. Son corps s’étend d’un bout à l’autre de la salle ; ses pieds reposent à l’est, sa tête à l’ouest. Lorsque le dieu solaire effectue son parcours cyclique, il emprunte tour à tour les corps diurne et nocturne de Nout : pendant la journée, il illumine la terre ; le soir, il est avalé par la déesse et disparaît pour éclairer les régions souterraines ; le matin, il est remis au monde et, régénéré, il peut alors commencer un nouveau voyage diurne. Ainsi, près du pubis de la déesse, on assiste à la naissance de Rê ; ici, il éclaire de ses mille rayons le temple de Dendera symbolisé par un édifice que surmonte la tête de la vache Hathor.

L’astronomie est liée au culte d’Hathor, les prêtres suivaient avec attention le mouvement des étoiles de façon à établir un calendrier précis des fêtes religieuses.

 

La salle de l'apparition

La salle de l'apparition reçoit la lumière à travers huit ouvertures judicieusement pratiquées dans le plafond. Placée juste derrière la première salle hypostyle, cette salle est soutenue par six colonnes à chapiteau composite, surmonté d’un dé hathorique.

Salle de l'apparition.

Les différents panneaux montrent les rites de la cérémonie de fondation du temple : à droite, le roi avec la couronne de Basse Égypte, tenant une houe en présence d’Hathor ; un prêtre avec un encensoir ; à gauche, le roi avec la couronne de Haute Égypte apporte à Hathor un lingot de matière précieuse qu’on déposera dans les fondations. Toutes les chambres qui s’ouvrent sur ce vestibule servant de magasins ou de trésors.

Salle de l'apparition : cérémonie de fondation du temple.

 

Décor d'une chambre latérale.

La salle des offrandes

Viennent ensuite deux pièces étroites : la première est une salle des offrandes avec un escalier qui tourne et conduit au toit du temple. Dans cette salle, s’accumulaient les offrandes de toute nature destinées à la déesse.

Le petit kiosque du Nouvel An

La deuxième salle sert de vestibule au sanctuaire avec, sur sa gauche, une petite pièce, sorte de vestiaire destiné à entreposer les vêtements de cérémonie de la déesse Hathor. A droite, on entre dans la cour à ciel ouvert ; elle précède le petit kiosque du Nouvel an.

Petit kiosque du Nouvel An (Ouabet).

Au plafond du kiosque, on voit des représentations de Nout et de la naissance du soleil qui darde ses rayons sur le temple, représenté par une tête d’Hathor dressée sur une montagne, entre deux arbres.

Nout et la naissance du soleil qui projette ses rayons sur Hathor.

Dans le sanctuaire, on déposait les barques destinées à la déesse ainsi que ses statues. Des bas-reliefs exposent une succession des rites du culte journalier que devait accomplir le roi : il brise les scellés de la porte ; il adore Hathor ; il offre de l’encens ; il présente à Hathor et Horus une statuette de la déesse Maât.

Les chapelles

Tout autour du sanctuaire court un étroit couloir sur lequel s’ouvrent onze petites chapelles. En partant de la gauche, face au sanctuaire : elles sont dédiées à Hathor ; Isis ; Sokaris (à tête de faucon, assimilé à Osiris) ; Harsomthous (Horus qui réunit les Deux Terres, fils d’Hathor et d’Horus) ; les quatre chapelles suivantes sont consacrées à Hathor ; la neuvième à Horus d’Edfou ; les deux dernières à Hathor. Dans une salle centrale, derrière le sanctuaire, était déposé un naos (chapelle en bois ou en pierre, portative) avec une statue cultuelle d’Hathor.

Les cryptes

De petits couloirs très étroits, aménagés dans l’épaisseur des murailles ou des fondations, donnent accès à des pièces de petite dimension et décorées : les « cryptes », lieux cachés et exclusivement réservés aux prêtres. On y pénétrait alors, soit par des ouvertures ou des trappes dissimulées dans les parois ou dans le sol, soit par des dalles mobiles, les une comme les autres étant descellées chaque fois que le besoin s’en faisait sentir.
Ces salles aménagées sur plusieurs niveaux servent à entreposer les objets sacrés et divins, les trésors et les richesses du temple, le matériel cultuel et les archives. La plus intéressante de ces « cryptes », dans laquelle on descend par un couloir aménagé dans une des salles entourant le « saint des saints », porte les cartouches de Ptolémée XIII – roi sur lequel on ignore tout puisqu’il n’a régné que quelques mois en 47 av. J.-C. Les textes relatent les processions qui se déroulent sur la terrasse du temple et qui consistent à promener en barque l’effigie d’Hathor. Quant aux dessins, d’une finesse rarement égalée dans l’art ptolémaïque, ils présentent des objets de culte spécialement ouvragés et, surtout, un très beau faucon coiffé d’une couronne à plumes.

Harsomthous, fils d'Hathor et d'Horus, divinité figurée sous forme de faucon.

 

 

Un serpent, image d'Harsomthous et symbole de fécondité, protégé par une gangue, surgissant d'une fleur de lotus et étayé par un pilier humanisé, le pilier djed, symbole de la solidité et de la permanence.

 

Le toit

A l’est et à l’ouest de la « salle des offrandes », deux escaliers conduisent au toit bordé d’un parapet. C’est là que se tenait chaque année la fête du Nouvel An. Au soleil levant, au cours de la cérémonie appelée l’« Union au Disque », on transportait la statue d’Hathor sur le toit du temple afin qu’elle soit régénérée par les rayons solaires de son père Rê. Cette procession est représentée sur les murs de l'escalier menant au toit du temple.

La procession de la cérémonie de l'"Union au Disque".

Le kiosque de l'Union au Disque

A l’angle sud-ouest de la terrasse, se dresse un petit kiosque fort élégant qui commémore à travers les reliefs gravés sur ses parois, le rite de l’ « Union au Disque » : au cours de cette cérémonie, on sort les statues divines de leur tabernacle et on les dévoile aux rayons du soleil levant afin de les régénérer et de les recharger en énergie.

De plan rectangulaire, ses douze colonnes montrent le visage d’Hathor vers les quatre points cardinaux. Il fut construit par Ptolémée XII et, à l'origine, possédait un plafond voûté en bois, ce qui est exceptionnel.

Kiosque de l’ "Union au Disque".

A l’autre bout de la terrasse, deux chapelles d’Osiris s’ouvrent sur une cour. Le culte consacré à Osiris est ici important car Dendera était une des seize villes où était conservés l’une des parties du corps dépecé d’Osiris.

Détail de la petite chapelle d'Osiris où avaient lieu les cérémonies religieuses en l'honneur du dieu des défunts, Osiris.
Un moule, à l'effigie d'Osiris, était fabriqué en argile puis rempli de terre où l'on mettait à germer des graines d'orge.
La germination de ces grains symbolisait la résurrection du dieu.

 

Le Zodiaque de Dendera

C’est dans l’une de ces chapelles que fut trouvé le célèbre Zodiaque de Dendera ; en grès, ramené au musée du Louvre dans des conditions rocambolesques. Il fut acheminé vers Marseille en 1821, puis à Paris, où il fut vendu au ministère de l’Intérieur et à la Maison du Roi. On le plaça au cabinet des Antiques de la Bibliothèque du Roi ; il entra au Louvre en 1918. Sur le site de Dendera, il est remplacé par un moulage.

Le Zodiaque de Dendera.
daté de 50 avant J.-C  (original au Musée du Louvre).

La voûte céleste est supportée par les quatre déesses, piliers du ciel, orientées vers les quatre points cardinaux. Sur leurs mains, repose le cortège des trente-six décans. Dans le cercle intérieur, les signes zodiacaux se mêlent aux planètes et aux constellations. Leur position précise et la figuration de l’éclipse qui eut lieu en mars 51 av. J.-C., permettent de confirmer que le zodiaque fut dessiné entre juin et août de l’année 50 av. J.-C., sous les Ptolémées.

Une pièce contiguë est ornée d'une scène où Osiris étendu sur un lit est réconforté par Hathor. Isis en oiseau plane au-dessus de lui, prête à recevoir sa semence et à enfanter Horus.

Isis en oiseau plane au-dessus d'Osiris, prête à recevoir sa semence.

De la terrasse du temple de Dendera, on a une jolie vue sur le site et la campagne environnante à la lisière des zones désertiques.

Les murs extérieurs du temple d'Hathor

Sur les murs extérieurs du temple d’Hathor, on verra quelques reliefs datés de l’époque romaine.

Façade extérieure ouest du temple d'Hathor.

La décoration s'étale en quatre registres horizontaux. Consoles à tête de lion.

 

Façade extérieure sud.

Sur la façade sud, on remarquera spécialement Cléopâtre et son fils Césarion placés devant Hathor, Horus d’Edfou, Ihy et Hor-Semataouy.

Façade extérieure sud (détail) : Cléopâtre et son fils Césarion.

 

Les autres constructions de Dendera :

Le temple de la naissance d’Isis, partiellement préservé. Il forme une entité cultuelle indépendante entourée par sa propre enceinte de briques crues; bien qu'endommagés, les reliefs de la paroi sud montrent que c'est en ce lieu précis qu'Isis a été mise au monde par sa mère Nout.

Le temple de la naissance d’Isis (vu du toit du temple).

Le lac sacré, sorte de vaste bassin desservi par quatre escaliers en pierre. Ce monument, très bien conservé, symbolise le Noun, nom donné à l'Océan primordial d’où a émergé le dieu solaire, donc la vie, à l’aube des temps. Outre sa fonction hautement symbolique, il sert à la purification des prêtres et aux promenades des barques divines lors des cérémonies rituelles.

Le Lac Sacré

Plus loin, apparaissent les bains romains, appelés également « sanatorium », édifice de briques crues accueillant les malades venus chercher une guérison miraculeuse grâce à l’intervention divine.

En repartant, dans la cour du temple, à droite de la porte de Domitien, on remarquera une statue remarquable du dieu Bès placée au sol.

Le dieu Bès.
Grotesque et populaire, les mains sur les hanches, la barbe emplumée, il est vêtu d’une peau de lion.
Placé dans le mammisi, il était censé protéger les femmes en couche du mauvais œil.

 

Hathor, déesse lunaire

Hathor.

Fille de Rê, elle est la déesse de l'amour, du désir et de la joie, ainsi que de la musique. Elle a un parèdre (ou conjoint) : le dieu hiéracocéphale Horus dont elle fut la nourrice avant de devenir l'épouse; elle a pour fils, Ihy, un dieu-enfant musicien, incarnant la jeunesse.

Hathor jouit d’un culte particulier depuis les plus hautes époques ; elle est représentée sous les traits d’une vache céleste ou d’une femme portant des cornes entourant un disque solaire. Elle est l’incarnation d’une déesse céleste qui porte le soleil, la voûte céleste étant assimilée à son pelage, ses cornes étant en forme de croissant de lune. On la considère à la fois comme une déesse lunaire, comme un soleil féminin. Elle représente l’étoile Sirius, la plus brillante de toutes les étoiles.

Son nom se traduit généralement par « château d’Horus » qui désigne l’espace clos dans lequel Horus solaire se déplace.

Hathor était particulièrement vénérée à Dendera mais également au temple de Deir-el-Bahari, dans la Vallée des Rois.

Les Grecs l'assimilèrent à Aphrodite.

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