Hypothèses pour un conduit

 

Conduits d'alimentation pour des emmurés, corridors psychiques pour l'âme de Pharaon, ou tout simplement gaines de ventilation : farfelues ou sérieuses, aucune hypothèse n'est pour l'instant convaincante.

On a tout écrit sur les conduits dits de ventilation de Kheops. Qu'ils auraient servi à alimenter des personnes emmurées vivantes après les funérailles de Pharaon ; à véhiculer jusqu'au roi les formules d'offrande récitées par les prêtres attachés à son culte ; à relier entre elles des chambres secrètes.

C'est qu'il est difficile de saisir leur fonction. Il n'y a aucun document disponible, aucune représentation ou texte hiéroglyphique pour nous éclairer sur le sujet. Pas non plus d'élément de comparaison dans un autre monument égyptien. Enfin, ces quatre dispositifs, d'une grande simplicité, ne présentent aucun détail significatif qu puisse permettre une quelconque interprétation.

De plus, les conduits de la chambre dite du Roi et ceux de la chambre dite de la Reine présentent une différence fondamentale. Les premiers dont actuellement ouverts aux deux extrémités : ils débouchent à l'extérieur de la pyramide et à l'intérieur de la chambre royale. Tandis que les conduits de la chambre dite de la Reine sont fermés aux deux bouts. Dans la partie haute, ils sont obturés à 65 mètres par des blocs de pierre et ils n'ont jamais eu de débouchés dans la chambre elle-même.

Les quatre boyaux avaient-ils le même usage ?

Difficile à dire dans la mesure où la fonction de la chambre dite de la Reine n'a jamais été élucidée. Quoi qu'il en soit, l'appellation de conduits de ventilation colle mal avec ce que l'on sait aujourd'hui de Kheops. Difficile de ventiler quoi que ce soit avec des gaines fermées à chaque bout., comme dans la chambre dite de la Reine. De plus, par définition, une tombe égyptienne est close, hermétiquement. Puisque sa vocation première est d'offrir à la dépouille du Pharaon une protection inviolable pour l'éternité. Les Égyptiens savaient bien que l'aération n'est pas compatible avec la conservation. Enfin, des conduits ouverts auraient permis à toutes sortes d'animaux, à la plie, au sable du désert, de pénétrer dans la chambre royale.

Aujourd'hui, les égyptologues privilégient plutôt une hypothèse religieuse : conduits "psychiques" destinés au passage de l'âme royale pour qu'elle rejoigne la barque de Rê dans sa course céleste.

C'est ce pense notamment l'archéologue américain Mark Lehner, l'un des plus éminents spécialistes de Kheops. Mais un passage bloqué ne posait-il pas problème ? "Non, répond l'archéologue, il n'avait pas besoin d'être ouvert pour que l'âme du souverain puisse monter aux cieux. Le moyen le plus courant pour aller dans l'autre monde dans les tombes égyptiennes classiques était ce que nous appelons les "fausses portes", les portes factices."

S'il s'agissait de rejoindre Rê dans sa course céleste, les conduits seraient orientés sur un plan est-ouest. Or ils ont été conçus dans un axe nord-sud. "On peut accepter l'idée que l'âme du roi aille vers le nord, commente Jean-Pierre Corteggiani, Directeur des relations scientifiques et techniques de l'IFAO, puisque certains textes des pyramides indiquent que le pharaon aspire à rejoindre les étoiles circum-polaires, celles qui, tournant autour du pôle, ne disparaissent jamais de l'horizon, et sont donc éternelles. Mais pourquoi orienter des conduits vers le sud ? Certains prétendent qu'ils visent Orion. Mais Orion n'est pas une étoile fixe. Et j'imagine mal une telle innovation religieuse limitée à Kheops."

Et si les conduits avaient une fonction technique ? Leurs faces internes, dans les portions que les caméras ont pu filmer, semblent parfaitement bien équarries, rectilignes, comme s'ils devaient assurer un passage sans accroc. De plus, leurs trajectoires, notamment celle du conduit nord de la chambre dite du roi, semblent étrangement dessinées, le travail des bâtisseurs au-delà du nécessaire pour une fonction purement symbolique.

Une énigme de plus pour une pyramide qui fait décidément tourner la tête...et pas seulement aux égyptologues.

Texte : Sciences et Avenir - Nov 2002.

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