Le Ramesseum

Temple de Millions d'Années de Ramsès II à Thèbes-Ouest

Ramsès II (1279 – 1213 av. J.-C.)

 

"Le Ramesseum est peut-être ce qu’il y a de plus noble et de plus pur à Thèbes en termes de grands monuments."

Champollion

 

Reconstitution du Ramesseum (JC. Golvin)

 

Lorsque Ramsès II monte sur le trône d'Égypte après une corégence de quelques années auprès de son père Séthi 1er, il est encore très jeune. Couronné, il va accomplir une tâche immense à l'échelle de ses ambitions. Il couvre l'Égypte de très nombreux monuments, tant dans le nord dont il est originaire, et où il fonde sa capitale Pi-Ramsès, que dans le sud. A Thèbes, il met en oeuvre la construction de plusieurs monuments et les consacre à la gloire d'Amon, son père divin.

Comme l'exigeait la tradition, sa tombe, creusée dans la Vallée des Rois [KV.7], figure parmi les chantiers prioritaires. C'est également dès son accession au trône que fut entreprise la construction du Château de millions d'années d'Ousermaâtrê Setepenrê qui s'unit à Thèbes-la-Cité dans le Domaine d'Amon, en d'autres termes, du temple de culte royal de Ramsès II, plus connu de nos jours sous le nom de Ramesseum. Ce nom moderne lui a été attribué par Jean-François Champollion en 1829.

Le chantier a été commencé avant la fin de l'an II du règne de Ramsès et dut s'achever une vingtaine d'années plus tard, bien avant la célébration de la première grande fête-sed du souverain. La réalisation de cette fondation a été effectuée sous l'autorité de deux maîtres d'œuvre : Penrê originaire de Coptos et Amenemone originaire d'Abydos. Ces deux "conducteurs de travaux" ont été enterrés à Thèbes-Ouest.

Christian LEBLANC
Directeur de la mission archéologique française
du CNRS à Thèbes-Ouest

 

LA FONCTION DU RAMESSEUM

On désigne le plus souvent les temples de Thèbes-Ouest, sous le nom de temples funéraires en faisant un rapprochement avec les complexes funéraires de l'Ancien Empire. En fait cette appellation est mal appropriée pour le Nouvel Empire si on considère que dans ce type de fondation le culte était déjà rendu du vivant même du pharaon.

Certains égyptologues ont préféré y voir des temples jubilaires, mais il n'existe pas d'arguments suffisants pour se rallier à cette interprétation.

Le terme de "Château de millions d'années" est celui que les anciens égyptiens avaient attribué à ces temples. Il s'agit de donner un sens à cette dénomination.

Le temple égyptien est une évocation microcosmique de la création originelle. C'est dans son enceinte que, sous la forme d'un culte quotidien, doit être entretenue en permanence l'énergie divine.

L'originalité des temples de millions d'années résulte surtout dans l'association au culte divin (Amon à Thèbes), de celui du souverain lui-même sous la forme d'hypostases (images et statues réparties dans l'enceinte sacrée).

Dans ces monuments, l'architecture, la statuaire et les reliefs concourent à exprimer le même message spirituel dans lequel s'unissent clairement le céleste et le terrestre. A partir de ce programme on assiste dans ce type de fondation à une remise au monde quotidienne du dieu mais aussi du roi, fils divin. Il en ressort la notion de temple de culte royal où est exalté le pouvoir royal.

Du sanctuaire, lieu en rapport avec le mystère de la création, jusqu'au premier pylône, ultime étape d'un cheminement aboutissant à l'apothéose du roi qui maîtrise de nouveau les force du mal et rétablit l'équilibre Maât de l'Egypte, c'est en fait tout un périple qui est suggéré - tant dans le répertoire iconographique que dans les éléments architecturaux - et qui traduit la revitalisation, la régénération permanente de l'énergie royale, voire de l'institution monarchique.

En résumé, comme tous les châteaux de millions d'années, le Ramesseum serait un temple où la fonction royale est sublimée, où Pharaon s'identifie à la divinité avec l'idée très nette d'assimilation de l'humain au divin. Parallèlement, ce monument doit aussi faire l'objet d'une lecture historique et être considéré comme un mémorial où sont recensées et matérialisées les grandes actions qui ont marqué la vie de Ramsès et établi sa parfaite symbiose avec Maât.

 

DESCRIPTION DU TEMPLE

Comme la majorité des temples érigés sur la rive occidentale de Thèbes, le Ramesseum est implanté à la lisière des terres cultivées et du désert. Il regroupe deux temples et un palais. Orienté est-ouest, il couvre avec ses dépendances en briques crues une superficie estimée actuellement à environ 5 hectares.

 

Le plan du complexe englobe :

 

 · le temple principal (A)

 · le palais royal et les appartements, situés au sud de la première cour (B)

 · le temple ou mammisi de Mout-Touy et de Néfertari, au nord de la grande salle hypostyle du temple principal (C)

 · les enceintes et le lac sacré (l'emplacement de ce dernier n'a pas encore été identifié) (E)

 · les annexes construites en briques crues, ou secteur économique du temple (D).

 

La conception architecturale du Ramesseum présente des originalités incontestables :

· ses pylônes édifiés en pierre alors qu'ils étaient jusqu'alors, sur la rive ouest du Thèbes, en brique de terre crue.

· son allée processionnelle de sphinx bordant intérieurement le temenos sur ses côtés nord, ouest et sud (E).

· enfin dans l'enceinte du Ramesseum, un temple ou mammisi à double sanctuaire, attribué à la reine-mère Mout-Touy et à la grande épouse royale Néfertari (C).

Les thèmes iconographiques, en relief dans le creux, résument les quatre grandes fonctions du souverain.

· La fonction royale (politique) est évoquée par plusieurs compositions relatives aux rites du couronnement (imposition des couronnes, remise des sceptres de la royauté, montée royale) et du renouvellement royal.

· La fonction sacerdotale tient également une place importante. Ramsès en tant que pontife préside les grandes cérémonies (fête en l'honneur du dieu Min, " Belle fête de la vallée ", fête du nouvel an, glorification des dieux des sanctuaires canoniques de Haute et Basse Egypte).

· La fonction militaire est mise en évidence. De grandes compositions guerrières relatent certaines des campagnes du roi :

o bataille de Qadesh de l'an V. Elle occupe la face occidentale du premier pylône et est reprise sur la face ouest du montant nord du second pylône.

o expéditions punitives contres plusieurs cités asiatiques en l'an VIII évoquées à l'extrémité de la face ouest du montant nord du premier pylône.

o campagnes menées contre les forteresses de Tounip et de Dapour sur la paroi sud-est de la grande salle hypostyle.

· La fonction familiale est aussi très présente comme en témoigne la place que le roi accorde à ses enfants (théories princières du vestibule et de la grande salle hypostyle), à la grande épouse royale Néfertari, et à la reine-mère Touy.

 

 

Vue générale du temple.

Premier pylône

Face à l'est, se dresse le premier pylône par lequel on pénétrait jadis à l'intérieur de l'édifice. Très dégradé et partiellement effondré, il a conservé sur la face interne de ses massifs plusieurs scènes de guerre dont la célèbre bataille de Qadech que Ramsès II livra en l'an 5 de son règne.

Le premier pylône en grande partie effondré (face extérieure).

 

Vue du temple depuis l'arrière du premier pylône.

 

Le premier pylône, la première cour et le colosse « Soleil des Princes » en arrière plan la deuxième cour. Reconstitution G. Flament

 

Le premier pylône, côté intérieur du temple.

 

Bataille de Qadech : arrivée des Néharins qui vont aider Ramsès.

Premier pylône - face interne du môle nord.

 

 

Première cour

 

Première cour. A la gauche du colosse de Ramsès, celui de sa mère Touy. Reconstitution G. Flament

 

Vue du colosse depuis le sommet du premier pylône.

 

La première cour : côté nord. A gauche le colosse assis de Ramsès II. A ses côtés sa mère Touy. Reconstitution G. Flament

 

Le colosse du "Soleil des princes" abattu.

 

Le pied du colosse.

En partie débité, puis abattu, le colosse du "Soleil des princes" représentait le souverain sous une apparence divine. Cette monumentale statue en granit rose de près de 16 m de haut (qui pesait environ mille tonnes) se dressait dans la première cour du temple, contre le montant sud du deuxième pylône.

Reconstitution virtuelle du colosse de Ramsès II

Socle de la statue : le cartouche de Ramsès II

 

Ramsès II porte ici son titre de fils de Rê (« nom de naissance ») :

 

Ramessou, méry Imen = Rê l'a engendré, l'aimé d'Amon.

dieu assis à tête de faucon    = Ra , peaux de canidés liées par 3 = ms , linge plié = s,


canal = mr, fleur de roseau = j, damier = mn , filet d’eau = n.

A noter également à gauche du cartouche, l'hiéroglyphe du Soleil sous la forme du "sein solaire" (appelé aussi "Soleil centré") évoquant la filiation du pharaon avec l'astre créateur nourricier.

 

Deuxième cour

Les restes de la deuxième cour, côté deuxième pylône : colonnes et statues osiriaques.

.

Second pylône - face ouest, môle nord. Ramsès sur son char charge au milieu de l'armée hittite lors de la bataille de Qadesh
livrée en l'an 5 du règne par Ramsès II contre la confédération hittite.

 

Deuxième cour - côté ouest.

 

Reconstitution G. Flament

 

Deuxième cour : les piliers « osiriaques ».

Ramsès est revêtu d’une gaine momiforme, les bras croisés,
tient le fouet nekhekh et le sceptre heka, attributs classiques d’Osiris.

Au pied des colosses « osiriaques », beaux fragments de la statue de Ramsès II, en grès (dont la coiffure servit de meule).

 

Le buste majestueux de Ramses II
(statue assise côté sud) ramené en Angleterre par Belzoni (British Museum).

 

 

Vestibule - mur sud-est.

En haut : Ramsès fait des offrandes et des fumigations au dieu Ptah et à Amon-Min.

 

Vestibule - mur sud-est.
En bas : "montée royale" entre Montou-Rê et Atoum; Thot enregistre; Ramsès agenouillé reçoit la couronne et les nombreux jubilés des mains d'Amon derrière lequel se tiennent les autres membres de la triade thébaine, Mout et Khonsou.

 

 

La porte latérale gauche (reconstituée) de la salle hypostyle.

 

 

Salle hypostyle

Ornée sur le montant intérieur gauche d'un relief représentant Mout-Touy (mère du roi) précédée probablement de la grande épouse Nofretari (son nom est perdu), la porte principale du vestibule débouche sur une vaste salle dont le plafond était, à l'origine, soutenu par quarante-huit colonnes.

 

Mout-Touy (mère du roi) précédée probablement de la grande épouse Nofretari.

Deuxième cour et salles hypostyles : dalles de toit enlevées, architraves transparentes. Reconstitution G. Flament

L'étonnant état de conservation des couleurs donne une impressionnante luminosité à cette majestueuse salle, image du marécage primordial.

 

La grande salle hypostyle : les colonnes papyriformes à chapiteau ouvert.

 

Grande salle hypostyle (paroi sud-est) :
La première bataille de Dapour (Syrie) en l'an 8 du règne de Ramsès II. L'assaut et la reddition de la citadelle ennemie.

 

Salle hypostyle : vue sur le colosse.

 

Salle hypostyle - mur du fond, coté sud.
Amon, assis devant son épouse Mout, remet à Ramsès les insignes de la royauté : le fouet nekhekh, le sceptre heka et la faux de bataille.

 

Salle hypostyle, registre inférieur du mur ouest coté sud.
Les enfants de Ramsès : 23 au total.

 

 Le 13ème , Merenptah, lui succédera et fera alors modifier son image, notamment avec un long pagne (au centre).

 

Salle hypostyle - mur du fond, coté nord.
La déesse Ouret-Hekaou « la Grande Magicienne » impose la couronne-khepresh sur la tête du souverain.
Amon, avec derrière lui Khonsou, insuffle au jeune roi les fluides de vie et de force divines.

 

Salle des Barques

Faisant immédiatement suite à la grande hypostyle, se trouve la salle astronomique, encore désignée sous le nom de "salle des barques". Son décor fait essentiellement référence à la fête du jour de l'an par son plafond et sans doute aussi à la belle fête de la Vallée par ses parois.

 

Salle des barques - mur est.
Atoum et Séchat gravent sur les fruits de l’arbre ished (persea, arbre sacré d’Héliopolis) le nom de couronnement de Ramsès.

 

Salle des barques : Barque processionnelle de Mout portée par des prêtres lors de la "belle fête de la Vallée".

 

Cependant, c'est surtout dans son plafond astronomique que réside l'originalité du décor de cette salle.

Plafond astronomique du Ramesseum. Cliché G. Flament.

Véritable calendrier qui se déroule d'est en ouest, rare exemple complet qui nous soit parvenu avec celui, mais différent, de la tombe de Senenmout (grand intendant de la reine Hatshepsout), nous pouvons y observer la liste des planètes (registre supérieur), les constellations (registre médian) et la division de l'année lunaire en douze mois (registre inférieur). Au centre, Sothis (Sirius) et Orion sont représentés chacun sur une barque.

 

Les annexes et magasins

Le complexe en brique crue qui abrite, sur trois côtés, les annexes et magasins du temple est le plus bel ensemble économique qui nous soit conservé de l'époque pharaonique.

 

Quand Ramsès décentralisait

 

Les magasins en briques crues à plafond voûté.

 

Four dans les anciennes cuisines des annexes.

 

 Pour plus d'informations :

- le site de l'ASR

- les monuments d'éternité de Ramsès II

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